Et si la bicyclette n’était telle que depuis 150 ans, depuis qu’un certain Pierre Michaux, à moins que ce ne soit son fils Ernest, inventa en 1861 la pédale qu’il appela pédivelle, faisant passer la draisienne du Baron… Drais du stade de machine à courir à celui de moyen autonome de déplacement. Remarquons que la pédale était située sur la roue avant. En deux ou trois décennies, le vélo était prêt, dans une configuration proche de celle que nous connaissons, à conquérir le monde (plus d’un milliard de vélos en circulation), à changer les pratiques de mobilité, comme on dit aujourd’hui, de toutes les couches sociales, à alimenter nos fantasmes de records quitte à passer de la posture de l’usager quotidien actif à celle de supporter passif, consommateur de mythes !

Plus fort que le martinet et le saumon, qui ne sauraient pourtant le rejoindre sur un chemin, selon l’article de Wikipedia, le vélo est plus efficace que n’importe quel organisme biologique, et trois fois plus que la marche, à effort physique égal. S’il ne s’agit pas de réalité augmentée, qu’est-ce donc ? Alors que l’on se prend à rêver à la mise au point d’exosquelette ou à la possibilité de modifier l’apparence des choses en lui intégrant des états virtuels, le vélo a projeté l’homme voici 150 ans dans un monde devenu moderne en multipliant ses capacités de découverte, en l’augmentant, en le grandissant. La symbiose de l’homme et du vélo n’a d’égale que celle de l’homme et du cheval, mais celui-ci reste une entité distincte dont on perçoit vite les limites et les contraintes. Le vélo est prolongement du corps, s’il a des limites, ce sont celles de l’humain qu’il a porté au plus loin. On ne saurait donc remercier suffisamment M Michaux pour nous avoir fait don de la pédale, une de ces grandes inventions d’apparence modeste qui ont changé nos vies.